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Le 21 janvier 1988, Roger Kleczewski assigne le notaire en
responsabilité professionnelle.
Il demande que
soit constaté "que Me Jenn, notaire, rédacteur de l'acte authentique
en date du 20 juillet 1976 a manqué tant à son obligation de conseil
qu'à son obligation de rédacteur d'acte".
Il réclame 3,4 millions de francs de
dommages et intérêts en réparation de son préjudice.
Le 13 juin 1990, le tribunal reconnaît que le notaire n'a pas
suffisamment renseigné l'acheteur. Pourtant, le tribunal déboute
Roger Kleczewski puisque qu'il ressort du dossier que " l'acquisition
de la licence n'était pas déterminante" pour lui.
Appel.
Dans son arrêt de 4 décembre 1991,
la cour confirme le premier jugement. Elle précise que Roger
Kleczewski s'est inscrit au registre du commerce de Metz en mars 1977
et y fait mention de la création, à compter du 10 janvier 1977, d'un
établissement ayant pour activité le vente d'instruments de musique à
l'enseigne « Roger Music ». Il n'est pas question de débit de
boissons ou de thé dansant.
Dans ses conclusions, le conseil de
Roger Kleczewski, Me Patrice Guénon, avocat à la cour de Paris,
s'interroge sur le comportement de Me Jenn. Il rappelle les
obligations du notaire. Notamment son devoir de renseigner les
parties "même lorsque celles-ci ne lui posent aucune question".
Les notaires ont pour mission "d'éclairer leurs clients sur la portée
et les effets de leurs engagements ainsi que sur leurs obligations".
L'officier ministériel "doit fournir
aux parties des renseignements très complets, non seulement sur les
conditions de validité de l'acte qu'elles se proposent de passer mais
également sur son» efficacité".
Il doit "attirer l'attention de ses
clients sur tous les risques que présente l'opération pour l'un ou
pour l'autre d'entre eux : cette obligation de mise en garde porte
non seulement sur les risques d'ordre juridique mais également sur
les risques purement économiques".
Ce n'est pas tout. "Le notaire doit
également se livrer à toutes recherches nécessaires pour renseigner
ses clients sur la situation exacte du bien sur lequel porte
l'opération."
Autrement dit, il semblerait que Me Jenn aurait dû en premier lieu se
renseigner sur cette licence et porter toutes les informations
nécessaires sur son acte. Son devoir de conseil le lui imposait. Il
ne l'a pas fait. Il aurait dû aussi se renseigner sur les
déclarations de Mme Osbild concernant la licence, à l'origine de
toute l'affaire. Il aurait dû se renseigner sur les sources de
financement de M. Kleczewski et conditionner la réalisation de la
vente à l'obtention des prêts, comme cela se fait toujours. Et comme
c'était d'ailleurs clairement stipulé dans le compromis de vente du
14 mai 1976 dont, étrangement, on n'entendra plus jamais parler au
cours de cette procédure.
Le notaire de Bouzonville aurait dû encore s'adresser à la mairie
pour savoir si elle entendait exercer ou non son droit de préemption
sur l'immeuble présenté pourtant comme "libre de tout droit de
préemption" dans l'acte de vente. "Cet élément constitue en soi et à
lui seul une cause de nullité de l'acte de vente authentique du 20
juillet 1976" estime l'avocat de Roger Kleczewski.
Il lui apparaît également inadmissible que le notaire "ait laissé en
blanc dans son acte de vente les mentions relatives à un des éléments
de ladite vente, en l'espèce la licence IV". Et peu importe de savoir
"s'il s'agit d'un élément déterminant ou secondaire des biens vendus
dans la mesure où la responsabilité du notaire n'est pas définie en
fonction du caractère déterminant ou accessoire de la vente en
fonction du prix du bien vendu, mais uniquement et strictement de son
intervention en qualité d'officier ministériel assermenté".
La cour d'appel ayant définitivement tranché, Roger Kleczewski s'est
adressé à la ligue européenne de défense des victimes de notaires de
Gisèle Néron. Sur ses conseils, il a déposé une plainte avec
constitution de partie civile entre les mains du doyen des juges
d'instruction de Metz, le 26 janvier 1993, contre Me Jenn pour faux
en écriture publique. Roger Kleczewski fait valoir que Me Jenn avait
l'obligation de vérifier, préalablement à la rédaction de l'acte, les
déclarations du vendeur et la situation du fonds de commerce en
indiquant son chiffre d'affaires et les bénéfices commerciaux pour
les trois dernières années. Le doyen des juges, Marie-Laurence
Beritzki, a rendu, le 5 avril 1993...
... une ordonnance d'irrecevabilité
puisque la plainte a été déposée plus de dix ans après les faits, les
crimes éventuels ont prescrits.
Malgré ces échecs, Roger Kleczewski ne baisse pas les bras. Il a
envoyé son dossier à tous les élus de la région, au Premier ministre,
au président de la République, à tous les journaux et à toutes les
télés. Il sait que plus jamais la justice ne lui donnera gain de
cause. Jamais personne ne pourra le dédommager des vingt années de
galère qu'il a endurées
Il se bat désormais pour l'honneur qu'on lui a volé. Et pour dénoncer
les abus commis par d'autres notaires.
extraits du livre de
Marcel GAY : Enquête surs les Notaires" - Editions STOCK 6 Janvier
1998
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